L’évolution des publications face au web et à l’iPad.
Presse traditionnelle, magazines photo, publications print d’agences, tous ces dispositifs communicationnels basés sur le papier sont aujourd’hui en proie aux mêmes interrogations : comment faire pour survivre, face à la concurrence du web et des tablettes de type iPad ? Comment se renouveler pour attirer les annonceurs et les lecteurs ? Le modèle pyramidal qui structurait la presse a été balayé par la vague de numérisation. Le Up to Bottom a périclité, laissant place à une dualité au sein des rédactions : d’un côté le print, de l’autre le web. Certains organes de presse ont fusionné (le New York Times, le Washington Post, le Daily Telegraph, le Guardian, Blick…), quand d’autres en sont encore au stade de la réflexion.
Métamorphoses des métiers de la publicité et de la presse.
Le maître mot pour l’avenir des publications pourrait être la complémentarité des dispositifs pour la primauté des contenus : complémentarité des supports (print, web, tablettes…), dans la mesure où c’est le contenu qui prime. Car désormais le journaliste ne produit plus essentiellement du texte ; c’est un storyteller qui crée des contenus multimédias (texte, photo, vidéo, son) envoyés vers le dispositif communicationnel le plus pertinent pour chacun d’entre eux (papier, web, téléphone portable, tablette…). Ainsi, les frontières entre presse, édition et publicité s’estompent, les problématiques se rejoignent sous l’effet d’une convergence des buts, des principes et des moyens communicationnels. Et le même vocabulaire se généralise. Plus de pré carré. Au même titre que la publicité, la presse a dû s’aplanir, s’horizontaliser. Le système pyramidal est en berne, et l’heure du bouclage ne sonne plus. D’un shot d’information, on est passé à un flux continu de contenus, guidé par les exigences des méga-consommateurs de contenus que nous sommes devenus.
L’iPad, sauveur des publications ?
Dans un article intitulé “For newspapers, the challenge of the new”, Toni Fitzgerald prévoit ainsi que, dans les deux prochaines années, 70 millions de tablettes devraient être vendues. Le format papier s’essouffle et le marché concurrentiel des iPads permet d’imaginer que le commun des mortels sera muni d’ici un ou deux ans de la fameuse tablette miraculeuse. Le salut se situerait donc là, une version numérique du format papier avec abonnement accessible depuis un kiosque numérique. Or le désenchantement n’est pas très loin, plusieurs journaux américains ont pris le virage sans doute trop serré du numérique et les résultats restent pour le moins décevants. Du magazine geek Wired au trendy Vanity fair, le constat est le même : les ventes restent timides (pour les chiffres, je vous invite à consulter cet article). En aucun cas, il ne s’agit donc de prendre la tablette pour une “bouée de sauvetage de l’imprimé” (Josée Plamondon), ni de se contenter de copier-collé un magazine du papier vers le web. Pour détourner la formule de Victor Hugo, ceci ne tuera pas cela* : autrement dit, les nouvelles technologies ne feront pas disparaître le papier, sous réserve que celui-ci s’adapte à la nouvelle donne.
Sur la voie de la conversion numérique.
Alors, pourquoi cela ne fonctionne pas, pourquoi les lecteurs n’adhèrent pas, pourquoi les ventes ne décollent pas ? Plusieurs réponses ont été proposées :
- Olivier Schmouker, journaliste pour le web journal québécois lesaffaires.com, avance plusieurs explications: “peut-être que le prix demandé est trop élevé, selon différents experts cités par All Things Digital. La plupart des applications de magazines américains, en effet, coûtent aussi cher qu’un numéro en kiosque. Aucun abonnement réduit n’est proposé si l’on opte pour la version numérique. Le paiement exigé doit être renouvelé chaque mois, voire chaque semaine, ce qui est fastidieux. Etc. Une autre réponse est peut-être que le bon modèle économique pour iPad n’a pas encore été trouvé. Le milliardaire britannique Richard Branson vient d’ailleurs de faire une tentative d’innovation en ce sens : il a lancé un magazine spécialement conçu pour iPad, intitulé The Project. Pour susciter l’intérêt des internautes, il a offert gratuitement l’application pendant une semaine juste avant Noël. Depuis, il en coûte environ 3 dollars.”
- ou encore les explications de Lauren Indvik (publiées sur le site d’Owni) “qui pointe comme raisons qui empêchent le décollage attendu : le prix, le manque de visibilité dans l’App Store, où il n’existe pas de kiosque numérique, l’absence d’innovation dans ces versions iPadisées, et enfin leur taille, ce qui effraie les utilisateurs désireux d’économiser leur espace de stockage. En France, plusieurs titres se sont alliés pour répondre à Google et Apple. Au premier trimestre, ils lanceront leur kiosque numérique.”
Quoiqu’il en soit la version numérique des journaux n’a pas été mise au placard, bien au contraire. Les balbutiements dûs au passage numérique révèlent tout simplement que le business model n’est pas encore au point. Que ce soit dans le domaine de la presse ou dans celui de la publicité, tout est à inventer ou à réinventer, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.
A nous d’être force de proposition, en attendant tous à vos tablettes !
Sources :
Le Monde version papier, 31 décembre 2010, OWNI; Lessaffaires.com; Serendipité; Medialife.


