par Brainstorming - 0 Commentaires

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Proche d’un art martial comme l’aïkido, le Contact Improvisation est une danse où deux (ou plusieurs) personnes dansent en contact l’une avec l’autre. Leurs corps forment un ensemble se déplaçant librement, s’accordant constamment l’un avec l’autre au fil du mouvement. Difficile à décrire avec des mots, c’est une pratique qui s’éprouve avant tout de l’intérieur et qui s’embarrasse peu de considérations esthétiques. Elle est pourtant un très bon professeur en matière de créativité. Après avoir testé un workshop de Contact Impro, je vous livre trois leçons que j’en ai tirées en matière de créativité.

Leçon n°1. Ce qui dépend de nous.

 

Lors d’un workshop de Contact Impro, vous pourrez expérimenter – ne soyez pas timide ; ) – un exercice en duo pour explorer la dimension martiale de cette danse : l’un des deux danseurs se met en mouvement ; l’autre l’immobilise et l’empêche de continuer ce mouvement. Le danseur immobilisé a le réflexe de tenter, par la force, de continuer son mouvement initial en concentrant toute son énergie pour lutter contre l’obstacle qui s’est mis sur son chemin (en réalité sur ce chemin en particulier).

Danse et créativité, Bainstorming.

Pourtant une autre solution existe (et même une infinité d’autres) en Contact Impro, dont on pourrait largement s’inspirer dans le cadre d’un travail créatif où l’on cherche sans succès une solution : relâcher cette tension réflexe, prendre le temps d’une respiration pour se recentrer puis ouvrir son attention (son regard en Contact Impro) sur d’autres directions à emprunter et d’autres stratégies à adopter. C’est alors non seulement son propre corps mais aussi celui de l’autre qui – instinctivement – se relâchent dans un même mouvement.

Pour celui qui cherche la solution à ce blocage, une nouvelle perspective s’ouvre, initiant un nouveau mouvement capable de déstabiliser l’autre danseur c’est-à-dire capable de changer l’ordre des choses, la configuration du territoire et la distribution des cartes.

Pour résumer le propos en le recentrant dans le champ de la créativité, lorsqu’on cherche la ou les bonnes idées à une problématique de communication, et que l’on se sent bloqué dans une voie sans issue, plutôt que persévérer dans l’erreur ou l’absence de solution, mieux vaut abandonner cette lutte inutile (mouvement 1), prendre le temps qu’il faut pour relâcher la tension et se recentrer (mouvement 2) pour pouvoir s’ouvrir sur de nouvelles perspectives porteuses de solutions (mouvement 3).

Cette démarche n’est pas étrangère à la philosophie d’Epictète distinguant “ce qui dépend de nous” et “ce qui ne dépend pas de nous” : nous devons avoir la clairvoyance de chercher à changer uniquement “ce qui dépend de nous”, autrement dit changer soi-même quand on ne peut pas changer le reste.

Leçon n°2. L’empathie incarnée.

 

L’un des prérequis pour répondre créativement à une problématique de communication, c’est de se mettre dans la peau/tête du destinataire ciblé. “Si j’étais à sa place, qu’est-ce qui m’intéresserait, me serait utile, me toucherait ?”. Lors d’un workshop de Contact Impro, j’ai vécu l’expérience marquante d’être comme invitée par la personne avec qui je dansais à voir à travers ses yeux : dans le mouvement dansé, cette personne a amené ma tête contre la sienne, nos deux visages regardant côte à côte dans la même direction.*

Danse créative avec Brainstorming.

Ce moment a profondément changé la façon dont j’appréhende l’empathie en matière de créativité. La “pratique” empathique (engageant le corps) me semble désormais indispensable en regard d’une empathie théorique (purement conceptuelle). A minima, chaque fois que cela est possible, il faudrait prendre le temps de s’immerger, “corps et âme”, ne serait-ce quand trente minutes, dans le quotidien de son destinataire pour pouvoir prétendre proposer une solution créative pertinente.

Leçon n°3. La créativité, à la croisée de la raison et de l’intuition.

 

Longtemps j’ai éludé professionnellement la question du corps en matière de communication en général et de créativité en particulier. Et pourtant force est de constater que le corps, parce qu’il est fait pour se mouvoir, est un puissant vecteur de créativité dont on sait, publicitairement parlant, qu’elle est de l’ordre de l’énergie, de l’élan, du “saut” (le fameux saut créatif théorisé par Jean-Marie Dru).

Si la créativité n’est pas une fin en soi mais un moyen qui peut être utilisé, entre autres, à des fins publicitaires, elle réside dans cet espace-temps particulier où l’intuition rencontre la raison** pour donner naissance à une idée qui tombera, une fois partagée, sous le sens de chacun(e). Cet effet de sens, fort et fragile à la fois, est précieux par le concours de circonstances – et d’efforts – qui a permis sa réalisation.

Danse et créativité vue par Brainstorming

Si je devais représenter schématiquement la raison, ce serait pour moi la tête méthodiquement et exhaustivement pensante. La raison c’est le laborieux labourage du champ dont on espère que le vent ensemencera la terre d’une graine qui, s’il fait soleil et s’il pleut (heureusement la vie est une succession d’éclaircies et d’orages), verra pousser une idée un peu folle mais tenace qui fera son bout de chemin jusqu’à la lumière (il n’y a plus alors qu’à l’accueillir !).

L’intuition, j’aime me la représenter comme la fille d’une trinité difficile à nommer sans la galvauder : le corps, mais aussi sans doute le coeur et l’esprit ou l’âme. Dans tous les cas, elle est pour moi de l’ordre du vécu, de l’émotion et de la sensation ; en tout cas de l’expérience*** de notre corps en mouvement dans l’espace et dans le temps – bref de l’ordre d’un élan vital.

Parce qu’elle met en mouvement le corps de façon libre et intuitive, la danse improvisée est un formidable moyen pour cultiver ce souffle dont la raison a besoin pour engendrer plus d’idées, de façon plus fluide et moins énergivore. En somme… la créativité à portée de corps !

* Cette brève expérience à la fois simple et extra-ordinaire, je l’ai interprétée et vécue sous cet angle de l’empathie incarnée, car c’est alors ce qui a fait sens pour moi. Nul doute que l’autre danseur l’a vécu et interprété différemment.
** donc la culture
*** donc de la mémoire

© shutterstock Master1305

Louise Charbonnier – Brand Content manager – Agence Brainstorming

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