Expérience utilisateur et créativité

par Brainstorming - 0 Commentaires

Petit résumé augmenté des réflexions d’Amélie Boucher sur l’Internet prêt-à-porter…

 

Les UI kits ou le chant des sirènes

Les malkers sont tombés sous le charme d’Amélie Boucher, auteur des livres Expérience utilisateur mobile, Ergonomie web illustrée et Ergonomie web, pour des sites web efficaces, speaker précise et spontanée dont l’une des dernières conférences était dédiée aux sirènes de l’Internet prêt-à-porter. En ligne de mire : les UI kits disponibles sur Internet, qui sont censés fournir des interfaces utilisateurs prêtes à l’emploi. Avec, en creux de ses réflexions sur l’Internet prêt-à-porter, quelques règles d’or à suivre en matière de créativité. On adore !

UI kit

Exemple d’UI kit disponible sur Internet 

L’expérience utilisateur (UX) ne se réduit pas à l’interface utilisateur (UI)

Pour commencer, rien ne vaut le schéma de LunaWeb qui nous explique la différence entre UI, interface utilisateur donc, et UX pour User Experience (en français, expérience utilisateur).

ux ui experience utilisateur
crédit image : LunaWeb

Ce qu’on remarquera d’intéressant dans ce schéma, c’est, comme le dit d’ailleurs Amélie dans son exposé, qu’une réponse de design peut être liée au contenu. On voit combien une réflexion globale orientée utilisateur englobe à la fois le “fond” et la “forme” dans un même élan signifiant. Avec en trame de fond une réflexion stratégique : l’agence de contenus idéale ne peut faire l’économie d’une conception centrée, dans les faits c’est-à-dire dans les process, sur l’utilisateur. Bref, l’UX serait-elle l’avenir des agences de contenus ?

 

UX PRINCIPLE 1 : BE YOUNIQUE

UX matters ! Parce que vos utilisateurs le valent bien

À l’occasion de son talk, Amélie part du constat que peut faire l’internaute lorsqu’il navigue d’un site web à un autre, déplorant une homogénéisation des interfaces, un lissage des expériences. Une raison originelle à cela : “le syndrome du design comme non-sujet” autrement dit la question de l’expérience utilisateur, et donc de l’interface utilisateur, est évacuée face à la contrainte maîtresse temps/argent qui gouverne bien souvent chaque nouveau projet. Il faut aller vite, veiller à la qualité du livrable par rapport au budget alloué et non par rapport à l’expérience qu’en feront in fine les utilisateurs. Alors que bon… ce sont eux qui achètent le produit ou le service pour lequel est créé ce site Internet. Ne pas prendre en compte l’utilisateur dans la conception du site web qui lui est dédié c’est un peu comme acheter un pantalon à son fils de 4 ans sans lui faire essayer : on pense gagner du temps (les parents comprendront) alors qu’on risque de devoir passer des heures à le convaincre, une fois rentré à la maison, que non ce pantalon n’est pas trop petit (“comment ça trop petit ? attends ils ont prévu une ceinture ajustable là tu vois c’est mieux comme ça non ? ah heureusement qu’ils ont pensé à tout” #userexperience, donc).

Le mimétisme nuit à la différenciation. Et vice versa

Bref comme le design a tendance à être un non sujet, et que de toute façon on n’a pas le temps de s’y pencher, on se tourne vers des sites qui proposent des templates magnifiques et pas cher : des UI kits. Ce sont eux qui donnent un air de famille commun à la plupart des sites qu’on visite en tant qu’internaute. Ou alors on s’inspire, parfois jusqu’à la limite du plagiat, par ce qu’on voit autour de soi et on va faire un site “à la AirBnb, à la Tinder” sans que ce phénomène d’imitation ne questionne personne. On va faire comme eux “puisque ça marche” ! Pour Amélie, cette tendance à produire des clones est favorisée par la culture du résultat dominante. Là où la première agence à avoir mis en scène sur son site un décompte des cafés bus par l’équipe a fait sourire, les suiveurs se sont engouffrés dans la brèche jusqu’à donner la nausée à l’internaute.

Tailored UI : une interface utilisateur sur mesure

Amélie Boucher souligne un point intéressant : “plus le template de l’UI kit est spécialisé, pire c’est et plus les options du modèle sont étendues, pire c’est car on a l’impression d’avoir le choix et on se focalise sur ce choix au lieu d’envisager d’autres possibilités qui correspondraient davantage à notre cas particulier”. Il s’agit de ne pas se contenter d’un standard minimum acceptable mais de concevoir l’interface utilisateur qui vous ira comme un gant. Ou, pour reprendre avec Amélie l’expression de Jessica Hische, “what’s correct is not always right”. L’enjeu est donc de faire un design de qualité, sur mesure, tout en intégrant les problématiques de conversion d’un site e-commerce le cas échéant. Parce que votre site web et la façon dont vous l’avez conçu révèlent qui vous êtes. Votre site et son expérience utilisateur doivent non seulement être plus qualitatifs mais aussi “plus vous” !

L’UX et l’UI pour plus de cohérence et de convergence

Le risque d’avoir recours à un UI kit au détriment d’une conception ad hoc et personnalisée ? Un manque de convergence criant qui vient rompre le discours de la marque et déconstruire son identité. Amélie déplore par exemple l’écart d’expérience de marque entre d’une part les boutiques Diptyque qui, autour des produits, construisent un univers riche en références poétiques et d’autre part le site web Diptyque qui ne met en avant que les produits. À l’opposé de cas d’école se situe le bon élève Buly dont le site web reflète la boutique IRL et donne aussi ce supplément d’âme qui va transporter le public dans l’univers de la marque.

 

UX PRINCIPLE 2 : MEANING & CONTENT FIRST

Une fois écartée la fausse solution des UI kits, reste à mettre les mains dans le cambouis : chercher pour apporter du sens, se poser les bonnes questions (pour Amélie, “le rôle du designer c’est d’être dans l’attention au détail”), se plonger dans le sujet, s’en imprégner, segmenter les besoins des utilisateurs, révéler ce qui sommeille et réfléchir à ce qui doit être minoré. De cette quête de sens découle l’édiction de « design principles », précis et signifiants – non pas des affirmations creuses comme « le site doit être moderne, engageant, amusant »…

 

UX PRINCIPLE 3 : DO, DON’T…

 

DO

L’UX et la méthode des personas

Dans cette quête de sens centrée sur l’utilisateur, comment le process peut-il aider ? Pour comprendre et se mettre dans la peau de l’utilisateur, Amélie recommande la méthode des personas, théorisée par Alan Cooper – petite explication par WeLoveUsers : “un persona est un archétype représentant un groupe de personnes dont les comportements, motivations et buts sont proches. Les personas sont utilisés en Design, Ergonomie, Marketing, Informatique, etc. pour permettre au(x) concepteur(s) de déterminer ce que le produit ou service doit faire et comment il devrait fonctionner.”

L’UX et la carte d’empathie

Carte empathie mieux connaître ses clients

 

« La carte d’empathie prépare à (des) solutions de design inattendues car elle fait adopter d’autres points de vue », explique Amélie en citant l’ouvrage de Benoît Drouillat, Le Design interactif, du webdesign aux objets connectés.

Amélie recommande aussi certains principes de bon sens qui sont pourtant rarement mis en oeuvre avec patience et conviction : observer, écouter, questionner, analyser. Avec le droit de faire des hypothèses ! Il faut partir de rien, sans avoir peur de la page blanche, seul gage de créativité, et fonctionner par essais-erreurs c’est-à-dire par itération.

 

DON’T

Creativity killer n°1 : la stratégie contre-productive du benchmark

Bien connu en agence de communication où il reste un incontournable dans la quête du Saint Graal créatif, le benchmark a pourtant des effets pervers qu’analyse Amélie. En effet, tout ce qui passe par notre cerveau structure notre pensée, et ce, crescendo en fonction du temps d’exposition. En gros, plus on regarde des exemples, et a fortiori des exemples réussis, plus on peut avoir tendance à faire pareil : “attention à la copie bête qui ne vous correspond pas” prévient Amélie. Elle recommande donc de ne pas commencer la phase créative (donc de réflexion) par un benchmark. Une recommandation qui sonne juste à nos oreilles : il faut toujours s’accorder un temps à blanc, car vous avez suffisamment de connaissances en stock pour en faire quelque chose de créatif. Personne n’est vierge de connaissances, même si, forcément, plus on en a, plus on peut les associer pour créer de nouvelles idées. D’une certaine façon, en termes de créativité, commencer par un benchmark c’est souvent reculer pour mieux sauter, et en fait pour moins bien sauter !

Creativity killer n°2 : la stratégie contre-productive du brainstorming

Il faut dire que les malkers sont définitivement tombés sous le charme d’Amélie lorsqu’elle a abordé les effets pervers du brainstorming s’il est mal utilisé. On ne peut pas d’emblée avoir des idées créatives collectivement : il vaut mieux réfléchir chacun dans son coin et ensuite partager. Car pour avoir des idées, il faut sortir de sa zone de confort, de la zone de confort collectif, et les meilleures idées ne viennent pas devant un ordinateur : elles viennent dans les moments “blancs”, dans ces instants précieux de réflexion solitaire : en voiture, la nuit, sous la douche, et, oui oui, dans les toilettes… !


Louise Charbonnier
Brand Content Manager – Agence Brainstorming
Sémiologue de formation, c’est avec un doctorat en poche que Louise a commencé à explorer en 2010, les mille et un frissons du saut créatif. Chez Brainstorming, elle met les pieds dans le plat du brand content, avec un objectif : concevoir et réaliser les contenus qui incarnent le mieux la promesse des marques.

 

LE SUJET VOUS INTÉRESSE ?

> sur ÉCRAN

L’UX sur le gâteau
Le blog de LunaWeb
Le site Jessica Hische
WeLoveUsers
Une foultitude d’outils comme les UXcards sur UXmind et UXmag

> sur PAPIER

Alan Cooper, The inmates are running the asylum
Steve Krug, Don’t make me think
Benoît Drouillat, Le Design interactif, du webdesign aux objets connectés
Kyna Leske, On the storm of creativity

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