Les malkers aiment… les Rencontres d’Arles 2017

par Brainstorming - 0 Commentaires

Attention, ce texte va vous parler de mort, avec un petit -m ou un grand -M, mais aussi en anglais (et oui ce sont les rencontres internationales de la photographie) de death avec un petit -d ou un gros doigt. Il va parler de mort, mais pas que puisqu’on parlera aussi de soleil, d’anniversaire, de Marie Darieussecq, d’immortalité, de Jésus, de Monsanto, de banlieues…

En fait, c’est simple, on a bien aimé les Rencontres Internationales de la Photographie en Arles, cette année encore, parce qu’on a :

> rêveusement pensé devant l’exposition de Dune Varela, Toujours le soleil, la photographe qui flingue au sens propre ses photos ou les imprime sur des plaques de plâtre, pour réinventer le medium photographique.

 

> forcément navigué de Hunter S. Thompson à Patti Smith en passant par Mike Jagger et Leonard Cohen, grâce aux photos de Annie Leibowitz, période “early years 1970-1983”.

Hunter S. Thompson par Annie Leibowitz, 1972
Hunter S. Thompson par Annie Leibowitz, 1972

 

> intensément bu les paroles de l’envoûtant Joel Meyerowitz à la diction limpide, parlant de mille et une choses photographiques essentielles, notamment de la façon dont la photographie peut transformer un moment en monument.

Joel Meyerowitz, New York City, 1976
Joel Meyerowitz, New York City, 1976

 

> failli prendre Marie Darieussecq pour une serveuse.

> nuitamment parlé avec Hervé Lequeux de son livre Une jeunesse française, aboutissement d’une création documentaire de longue haleine sur la jeunesse des quartiers populaires et des grands ensembles, des banlieues d’Ile-de-France aux quartiers Nord de Marseille. Hervé Lequeux collabore avec la presse magazine et quotidienne ; il a notamment couvert les révolutions tunisiennes, égyptiennes et libyennes en 2011.

> fragilement écouté les paroles de Samuel Gratacap, en devinant que celui qui parlait devant nous n’était plus tout à fait le même que celui qu’il était en arrivant en Libye, en 2014, pour témoigner du sort de ceux qui fuient la guerre au prix du fifty-fifty (la mort ou la vie).

> chaudement frissonné dans la maison hantée par l’esprit de Roger Ballen, The house of the ballenesque. Si vous ne connaissez pas le photographe Roger Ballen, vous connaissez peut-être son univers grâce à la collaboration entre le photographe et le groupe de musique Die Antwoord sur le clip aux 97 millions de vues I Fink U Freaky

 

> brièvement cligné des yeux devant les néons de David Fathi ouvrant et fermant le parcours de son exposition intitulée Le dernier itinéraire de la femme immortelle, morte en 1951 d’un cancer et dont un échantillon de tumeur fut prélevé par un médecin. Ce dernier fut surpris de constater que les cellules de sa patiente continuaient à se développer, incarnant une forme de vie après la mort.

David Fathi, Le Dernier Itinéraire de la Femme Immortelle, 2017
David Fathi, Le Dernier Itinéraire de la Femme Immortelle, 2017

 

> silencieusement parcouru le chemin de croix tracé par l’exposition de Christophe Rihet, Road to death, qui est revenu sur les lieux où sont morts, à cause d’un bête accident de voiture, des personnalités comme James Dean, Grace Kelly, Albert Camus…

> fatalement flashé devant l’exposition Jesus & Satan et ces ongles travestis de soldats paramilitaires colombiens shootés par Paulo Licona, signes insolites de cette secte adepte de sorcellerie qui défie la mort au combat.

Paulo Licona Jésus & Satan
Paulo Licona Jésus & Satan

> difficilement ravalé nos larmes devant le “massacre silencieux” dont témoigne Pablo Ernesto Piovano avec son travail Fabian Tomasi, the shadow of success. Le photographe a parcouru pendant près de 8 ans les routes argentines pour témoigner des drames humains dû à la légalisation en 1996 d’herbicides contenant du Glyphosate (370 millions de litres par an sont pulvérisés sur près de 60% des terres arables du pays). Le photographe Pablo Ernesto Piovano centre à Arles son travail sur le cas de Fabian Tomasi, 51 ans, ouvrier agricole depuis l’âge de 23 ans, qui diluait puis pulvérisait les produits chimiques par avion.

 

Fabian Tomasi, the shadow of success
Fabian Tomasi, the shadow of success

Atteint d’une polyneuropathie, son quotidien est devenu une longue souffrance (il ne peut plus manger de nourriture solide, ni se déplacer normalement, ni utiliser ses mains) mais aussi une résistance pour faire connaître l’origine du mal. Fabian incarne le “coût humain” qu’engendre la réussite de ceux qui commercialisent et autorisent l’utilisation de ces herbicides. Dans la même veine, l’enquête de Mathieu Asselin sur le drame humain dont est responsable le groupe Monsanto vaut aussi son pesant de cacahuètes anticapitalistes.

> prudemment feuilleté des livres et des livres au Cosmo Arles Books jusqu’à tomber en arrêt devant celui de Jesus Monterde, Nemini parco qui signifie en anglais “I forgive no one”. Devinez qui n’oublie personne en ce bas monde ? Laissons la parole à Alfonso Boix qui postface ce livre magnifique : “Believers, agnostics and atheists have their own ideas about divinities, but none of them can doubt about the existence of Death, a certainty sustained on the fear of seeing, open wide, the door we all will cross one day.

> longuement stagné devant les saisissants “portraits inondés” de Gideon Mendel avec sa série Un monde qui se noie.

Francisca Chagas dos Santos, dans son quartier de Taquari, à Rio Branco (Brésil), en 2015, par Gideon Mendel.
Francisca Chagas dos Santos, dans son quartier de Taquari, à Rio Branco (Brésil), en 2015, par Gideon Mendel.

 

> bien rigolé avec Sowat & Lek qui étaient à Arles pour les 10 ans de Polka.

Le travail de Sowat et Lek, en couverture de Polka
Le travail de Sowat et Lek, en couverture de Polka

 

Louise Charbonnier

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